Onze ans après avoir posé un classique instantané avec Nero Nemesis, le Duc de Boulogne referme la boucle. Blanco Nemesis, son douzième album studio, est sorti le 29 mai 2026 — et comme toujours avec Booba, le silence était impossible avant même la première écoute.
Le pendant lumineux d’un monument
Le concept ne sort pas de nulle part : ça fait des années que le nom « Blanco Nemesis » circule sur la toile comme une légende urbaine, Booba jouant avec les nerfs de son propre public au fil des indices distillés petit à petit. Résultat, un projet pensé comme le miroir inversé de Nero Nemesis — là où l’un plongeait dans le noir, l’autre cherche la lumière, sans jamais renier la patte B2O.
11 titres, un peu plus de 33 minutes : le format reste court, mais le Duc a prévenu dès le jour de la sortie qu’une seconde partie viendrait compléter le projet. Une manière bien à lui de garder la main sur le tempo de l’actu, comme toujours.
Deux visages sur un même disque
Musicalement, Blanco Nemesis assume sa double identité. D’un côté, des mélodies très autotunées, taillées pour les clubs, dans la lignée de ce qu’il avait déjà posé sur Mona Lisa. De l’autre, du kickage brut, sans filtre, fidèle à la trap sombre qui a fait sa réputation depuis plus de 25 ans de carrière. Deux Booba sur un même projet, et c’est peut-être ça le vrai pari de l’album.
Côté featurings, la présence la plus notable reste celle du jeune Huntrill, une connexion qui tranche avec les habitudes du Duc et qui donne un vrai coup de jeune à la tracklist. On y retrouve aussi Matra, Chaax et Aïshé au générique, dans la continuité de son habitude à mettre en lumière la nouvelle vague du 92i ou des artistes qu’on ne l’attendait pas forcément à croiser.
Un accueil qui divise, sans surprise
Sans surprise pour qui suit le Duc depuis longtemps, l’album fait débat. Les retours sur les réseaux sont partagés : certains fans de la première heure pointent un manque de prise de risque, d’autres saluent au contraire une vraie tentative de renouvellement à 49 ans passés. La presse musicale, elle, retient surtout la capacité de Booba à continuer de se réinventer sans se renier — une atmosphère à la fois clivante et personnelle, comme souvent chez lui.
Côté chiffres, le démarrage reste modeste pour un poids lourd du game : environ 3 300 exemplaires écoulés en trois jours, un peu moins de 7 800 sur la première semaine, uniquement en streaming — l’album n’existant pour l’instant qu’en version numérique. De quoi lui offrir une 3e place au Top Albums, sans pour autant exploser les compteurs.
Booba voit plus loin que le rap
En parallèle de cette sortie, le Duc a aussi lancé début d’année son propre label électro-house, Sublife. Une incursion assumée dans l’électronique sombre et contemporaine, avec une exigence clairement affichée : une création « 100% humaine », sans intelligence artificielle dans le processus musical. Une manière pour Booba de continuer à occuper plusieurs terrains à la fois, loin de se contenter du seul rap pour exister dans le game.
Onze albums solo, une carrière qui dépasse le quart de siècle, et Booba continue de faire parler — que ce soit pour le meilleur ou pour le pire. Blanco Nemesis ne fera sans doute pas l’unanimité, mais une chose est sûre : le Duc n’a toujours besoin de personne d’autre que lui-même pour occuper l’espace médiatique.