Philadelphie, 4 juillet. Il fait une chaleur à décourager n’importe quel défenseur sud-américain de courir après un ballon — et pourtant, c’est bien le Paraguay qui a couru après tout sauf le ballon pendant quatre-vingt-dix minutes. La France s’est qualifiée pour les quarts de finale de cette Coupe du monde 2026 en battant l’Albirroja 1-0, mais le score ne raconte qu’une fraction de ce qui s’est joué ce soir-là.
Un bloc bas, des crampons hauts
Dès le coup d’envoi, le plan paraguayen était limpide : onze joueurs massés devant leur surface, et une gestion du tempo qui devait beaucoup plus au chronomètre qu’au ballon. Rien d’illégal en soi — le foot a toujours connu ces équipes qui préfèrent défendre leur cage plutôt que leur idée du jeu. Le problème, c’est que le Paraguay a rapidement transformé la stratégie défensive en une succession de fautes, de provocations et de contacts à la limite, sans qu’un seul carton jaune ne vienne freiner l’entreprise. Trois avertissements côté français — Barcola, Koné, Olise — et zéro côté paraguayen : la statistique, à elle seule, résume l’ambiance du match mieux qu’un long discours.
Certaines séquences ont fait tiquer les observateurs bien au-delà du stade. Un coup de coude attribué à Galarza sur Koundé, un coup de poing qui aurait atteint Mbappé : deux actions qui, selon plusieurs commentateurs, méritaient a minima un jaune, sinon plus. L’arbitre ouzbek Ilgiz Tantashev, lui, a choisi de laisser filer. Ces éléments restent débattus selon les sources et n’ont, à ce stade, fait l’objet d’aucune sanction officielle a posteriori.
Doué provoque, Mbappé exécute
Il aura fallu attendre la 70e minute pour que le verrou saute. Désiré Doué, auteur d’une percée dans une défense paraguayenne jusque-là hermétique, obtient un penalty. Mbappé se présente, transforme, et libère un stade qui commençait sérieusement à se demander si la France allait buter éternellement sur cette muraille humaine. Le capitaine des Bleus signe là son septième but du tournoi — une statistique qui, si elle avait été le seul angle de la soirée, aurait presque fait oublier le climat électrique dans lequel elle a été inscrite.
Le sifflet final n’a pas calmé grand monde
Ce qui devait être un simple coup de sifflet libérateur s’est transformé en dernière scène de tension. Mbappé n’a pas répondu à la poignée de main du gardien paraguayen Orlando Gill, dans une fin de match où les regards en disaient plus long que les mots. Un symbole, à l’image de ces quatre-vingt-dix minutes où le respect sportif a semblé, au mieux, optionnel.
Sur les plateaux, Zlatan Ibrahimovic et Joe Hart n’y sont pas allés de main morte pour qualifier l’attitude paraguayenne — des jugements de consultants qui traduisent une indignation largement partagée dans les médias anglophones et français, sans pour autant constituer un verdict officiel.
Face à cette avalanche de critiques, le sélectionneur paraguayen Gustavo Alfaro a défendu une posture qu’il qualifierait de « digne », minimisant l’agressivité de son équipe et estimant que sans ce penalty, la France ne serait jamais venue à bout de son dispositif. Deux lectures d’un même match, deux mondes qui ne se croisent pas — et c’est peut-être ça, le vrai résumé de la soirée : un Paraguay convaincu d’avoir joué sa carte à fond, une France convaincue d’avoir survécu à un guet-apens.
Et maintenant, le Maroc
Peu importe la polémique, Deschamps et ses hommes filent en quarts de finale, où les attend le Maroc. Un adversaire qui, lui aussi, aime jouer les trouble-fêtes — mais généralement avec le ballon plutôt qu’avec les coudes. La France a appris ce soir-là qu’un huitième de finale de Coupe du monde peut se gagner sur un exploit individuel et se perdre presque, moralement, dans le chaos qui l’entoure.